Floriant

Le péril jeune

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Temps de lecture 5 minutes


Vous connaissez cette sensation d’être exactement là où vous êtes censé être. Le bon endroit ? Au bon moment ? Il y a une quinzaine de jours, nous avons eu la chance de vivre cette expérience. En allant à la rencontre des femmes et des hommes qui vivent dans la rue et font la manche, confinement ou pas confinement, nous sommes tombés sur Floriant.

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La bonne gueule de Floriant

Le visage rond, habillé comme les jeunes de son âge, c’est-à-dire les jeunes de vingt-deux ans, une tasse Starbucks posée devant les quelques pièces de sa récolte du jour. Avec ses lunettes à double foyer posées de travers sur son nez pâle, il nous attendrit. La discussion s’installe et la douceur de sa voix combinée à une sorte de timidité charmante finissent de nous désarmer. L’histoire de Floriant commence à Trembley-en-France le 19 décembre 1998. Je suis dans ce quartier parce que c’est le seul que je connaisse bien à Paris.

On ne choisit pas sa famille

Il élude le sujet de son enfance, parle à voix basse de ses parents. Sa famille est recomposée et chez lui, il est normal quand on grandit de se débrouiller seul. En creusant un peu, nous comprenons qu’il y a peut-être comme une légère brouille, mais Floriant n’en dira rien. Vis-à-vis de ceux qui l’ont poussé dehors ? Aucune rancune, aucune colère. On n’est pas vraiment en mauvais terme, c’est comme ça, c’est tout. 

Se former pour avancer

Tant pis pour la formation qu’il avait entamée, cette opportunité qui se finit plus tôt que prévue à cause de cette mise hors demeure. Pas facile de venir chaque jour, à l’heure et propre, quand on dort entre l’hôtel et les canapés des copains. Mais Floriant est déterminé, il sait qu’il va s’en sortir. Ce sera pas comme ça pour toujours ! Tu peux descendre vite comme tu peux monter vite, affirme-t-il, presque confiant. D’ailleurs, nous enchaîne-t-il, il attend justement la réponse d’une autre formation, une alternance dans une grand enseigne de distribution qui lui permettrait non seulement de gagner un peu d’argent pour les huit mois à venir, mais aussi d’obtenir un CDI à la fin, si tout se passe bien.

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Alignement des planètes

C’est alors que la magie opère. Pendant qu’il nous raconte là où il dort – une tente au Bois de Vincennes – son téléphone sonne. C’est la responsable de la formation. On entend Floriant balbutier puis remercier son interlocutrice. Nous comprenons qu’il a été pris à cette fameuse formation ! Youpi. Sauf que non. La discussion se poursuit. Visiblement, Floriant a besoin de son numéro de sécurité sociale. Ça paraît idiot, mais tout le monde n’a pas dans son porte-monnaie, entre sa carte de crédit et sa carte de fidélité Monoprix, une carte vitale en bonne et due forme. 

Je vais me débrouiller, affirme Floriant à la responsable. Il raccroche, mi-heureux, mi-embêté. Sur les quatre candidats de la formation, il est celui que la gérante du magasin veut former. J’avais la chance d’avoir de l’expérience, contrairement aux autres. Problème, il lui faut le numéro de sécu le plus rapidement possible. Nous sommes un vendredi, en plein « confinement », il est cinq heures passées et Floriant n’a pas de crédit sur son téléphone. Exercice de visualisation. Respirez, fermez les yeux, et tentez de vous rappeler un instant ce que signifie n’avoir ni accès à internet, ni possibilité d’appeler ou de rappeler qui que ce soit pour vous aider. 

C’est là que nous intervenons. Avant que Floriant n’ait eu le temps de dire « ouf », Rolando est en ligne avec la CPAM. Au bout d’une quinzaine de minutes de musique d’attente, une dame lui répond. Officiellement, il est formellement interdit de transmettre un numéro de sécu par téléphone (et c’est un peu normal). Surtout que notre nouvel ami est enregistré à la caisse des Ardennes où il a habité quelques mois chez des amis. Mais voilà qu’un vrai miracle humain se produit. Touchée comme nous par l’histoire de Floriant, l’ange au bout du fil annonce à Rolando, allez, ce sera ma BA du jour ! et lui chuchote le précieux numéro. Rolando raccroche, doublement heureux. Le bon sens existe.

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Entre temps, j’ai moi-même fait ma BA en remettant du crédit sur le téléphone de Floriant. Une minute plus tard, il est à nouveau au téléphone avec la responsable qui était sur le point de partir. Alignement des planètes. Floriant raccroche, cette fois soulagé pour de bon. Il commence dimanche à la première heure. Je vais pouvoir faire une colocation avec un ami et surtout…refaire des lunettes à ma vue ! dit-il en souriant.

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